- « Or : un actif démodé ? », par Benjamin Louvet , directeur des gestions matières premières chez Ofi Invest AM (source : Les Echos , 23 Juin 2026)
Dans un contexte géopolitique dominé par la situation au Moyen-Orient, nombre de voix s’élèvent soulignant la performance décevante de l’or depuis le début de la crise. Le métal jaune aurait ainsi perdu son rôle de valeur refuge et ne serait plus digne d’intérêt.
Il est vrai que l’or abandonne près de 20 % depuis le déclenchement de la guerre entre l’Iran et les Etats-Unis. Contrairement à une idée assez répandue, les métaux précieux connaissent presque systématiquement une baisse de leurs cours dans les premiers jours d’une crise. Actifs liquides, l’or et l’argent sont très souvent vendus pour faire face aux appels de marge sur les classes d’actifs traditionnelles.
Remontée des taux d’intérêt
Mais la baisse s’est prolongée et même accentuée dans les semaines qui ont suivi. La hausse des prix de l’énergie générée par la fermeture du détroit d’Ormuz a entraîné une révision à la hausse des anticipations d’inflation par les opérateurs et une remontée des taux d’intérêt réels. L’or étant un actif sans rendement, il a dès lors pâti de la remontée de la rémunération des autres classes d’actifs.
Cela s’est traduit par des dégagements sur les positions ETF, qui avaient fortement augmenté au mois de janvier. Mais ces ventes ont juste ramené le niveau de détention des ETF là où il était en fin d’année dernière.
À cela se sont ajoutées des ventes de la banque centrale de Turquie pour soutenir sa monnaie, et de la Russie pour financer la guerre. Les deux banques ont ensemble vendu environ 200 tonnes d’or.
Banques centrales
Mais tous les acteurs de marché ne se comportent pas de la même façon. La Chine a notamment réalisé des importations d’or supérieures sur les quatre premiers mois de l’année 2026 aux niveaux de 2025, réalisant même les achats les plus importants pour un mois d’avril depuis au moins six ans. Du côté des banques centrales, malgré les ventes russes et turques, le World Gold Council (WGC) indiquait qu’au premier trimestre les banques centrales avaient dans leur ensemble acheté environ 250 tonnes d’or.
Depuis, ces institutions financières ont poursuivi leurs achats. La Chine a notamment annoncé avoir acheté 10 tonnes d’or en mai, réalisant ainsi le 19ᵉ mois consécutif d’augmentation de ses réserves d’or. Cette frénésie d’achat des banques centrales depuis plusieurs années a porté les réserves d’or en première position des réserves de ces établissements, devant les bons du Trésor américain, selon une étude récente de la Banque centrale européenne.
« Les raisons structurelles qui avaient poussé le métal jaune à la hausse sont plus que jamais présentes. »
Et cette tendance devrait se poursuivre. Selon le sondage publié début juin par le WGC auprès de 74 banques centrales, 45 % d’entre elles ont indiqué vouloir augmenter leur allocation à l’or dans les 12 prochains mois. Un nouveau record pour ce sondage lancé en 2018. Une seule banque centrale indiquait vouloir réduire ses détentions.
La place de l’investissement financier dans la détermination du prix de l’or est devenue prépondérante, loin devant la bijouterie. Désormais, les banques centrales sont revenues. Restent les investisseurs privés. Les risques géopolitiques et inflationnistes s’éloignant, les taux ont amorcé un repli qui a déjà profité à l’or, dont la performance est proche de zéro depuis le début de l’année.
Les raisons structurelles qui avaient poussé le métal jaune à la hausse sont plus que jamais présentes : fin de la mondialisation, perte de confiance dans la monnaie américaine, endettement massif. Autant d’éléments qui devraient rapidement revenir au premier rang des préoccupations des investisseurs et faire de l’or un actif à nouveau très en vogue.
Benjamin Louvet est directeur des gestions matières premières chez Ofi Invest AM.
- Le marché se trompe sur l’évolution du cours de l’Or (10/06/2026)
Ce mercredi 10 juin 2026, Benjamin Louvet, directeur des gestions matières premières chez OFI INVEST AM, s’est penché sur la phase de calme trompeuse du cours de l’once d’or
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