Beaucoup de gens découvrent avec étonnement qu’une entreprise peut publier des comptes parfaitement conformes aux normes IFRS tout en donnant une image très optimiste de sa situation.
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La comptabilité agressive (légale mais discutable)
C’est là que se situe l’essentiel du « maquillage ».
Par exemple :
- reconnaître un chiffre d’affaires plus tôt ;
- repousser certaines charges à plus tard ;
- choisir une méthode d’amortissement favorable ;
- utiliser des hypothèses optimistes pour valoriser des actifs.
Les comptes respectent les normes IFRS ou US GAAP, mais la direction choisit systématiquement les options qui embellissent les résultats.
Le maquillage de communication (très fréquent)
C’est probablement ce que Delamarche critiquerait le plus.
Les chiffres sont exacts.
Mais on attire l’attention sur ceux qui sont favorables.
Exemple :
L’entreprise annonce :
EBITDA +12 %
Magnifique.
Mais elle oublie de mettre dans le titre :
Résultat net -15 %
ou
Flux de trésorerie -20 %
ou
Dette +30 %
Le lecteur peu attentif repart avec une impression positive
Les techniques classiques
Les « résultats ajustés »
Tu verras souvent :
- EBITDA ajusté
- bénéfice ajusté
- résultat courant ajusté
La société explique :
« Nous excluons les éléments exceptionnels. »
Pourquoi pas.
Mais parfois les éléments « exceptionnels » reviennent tous les ans.
Restructuration exceptionnelle en 2022.
Puis en 2023.
Puis en 2024.
À un moment ce n’est plus exceptionnel.
Les rachats d’actions
Imaginons :
- bénéfice total inchangé ;
- nombre d’actions en circulation réduit.
Le bénéfice par action augmente.
La direction peut annoncer :
« Le BPA progresse de 15 %. »
Alors que le bénéfice global de l’entreprise n’a pas bougé.
Le carnet de commandes
Certaines sociétés industrielles mettent en avant :
« Carnet de commandes record. »
Très bien.
Mais cela ne garantit ni les marges ni les bénéfices futurs.
Les présentations PowerPoint
Les investisseurs professionnels plaisantent souvent sur un point :
Quand les graphiques commencent l’année où tout allait mal, il faut être méfiant.
Un graphique peut raconter n’importe quelle histoire selon :
- le point de départ ;
- l’échelle ;
- les indicateurs retenus.
C’est exactement le même mécanisme que dans le « maquillage économique » des États.
Les acquisitions qui créent une illusion de croissance
Une entreprise rachète une société concurrente.
Le chiffre d’affaires passe de :
- 1 milliard
à - 1,3 milliard
Communiqué :
« Croissance de 30 %. »
Question :
Combien provient réellement de l’activité existante ?
La croissance externe peut masquer une stagnation de l’activité historique.
Les objectifs faciles à battre
Certaines directions ont tendance à annoncer des objectifs prudents.
Exemple :
« Nous prévoyons une croissance comprise entre 2 % et 4 %. »
Résultat :
Croissance de 4,1 %.
Communiqué :
« Objectifs dépassés. »
L’entreprise apparaît performante alors que les attentes avaient été placées volontairement bas.
Le cash-flow oublié
Une société peut afficher :
- bénéfice net en hausse ;
- EBITDA en hausse.
Mais :
- trésorerie en baisse.
Pourquoi ?
Parce que les bénéfices comptables et les encaissements réels ne sont pas la même chose.
Un investisseur expérimenté regarde toujours les flux de trésorerie.
Les dettes hors radar
Pendant longtemps, certaines entreprises ont utilisé :
- filiales ;
- coentreprises ;
- véhicules spécialisés ;
pour éloigner une partie de leurs engagements du bilan principal.
Les normes comptables se sont durcies après plusieurs scandales, mais le principe reste le même :
si vous ne regardez que le bilan principal, vous pouvez manquer une partie du risque.
Le « one-off » permanent
C’est probablement ma technique préférée.
Année 1 :
Charge exceptionnelle.
Année 2 :
Nouvelle charge exceptionnelle.
Année 3 :
Encore une charge exceptionnelle.
À force d’être exceptionnelles, elles deviennent ordinaires.
L’investisseur doit alors recalculer lui-même les résultats.
La métrique inventée
C’est devenu extrêmement fréquent.
Au lieu de parler :
- du résultat net ;
- du cash-flow ;
- du retour sur capital ;
la société crée :
« EBITDA ajusté normalisé »
ou
« Résultat opérationnel courant retraité »
ou
« Profit économique sous-jacent »
Plus l’indicateur est éloigné des comptes officiels, plus il faut être prudent.
Lire aussi : « Warren Buffett et l’interprétation des états financiers », par Mary Buffett & David Clark


